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L’agriculture urbaine révolutionne-t-elle le marché du jardin?

Vers un déclin du jardin d’ornement ?

L’agriculture urbaine fait de plus en plus parler d’elle. Depuis 15 ans, elle semble changer petit à petit le visage des villes, et ceci partout dans le monde. En France, les médias lui consacrent des reportages, des articles, ils se font le relais efficace d’un mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Le développement de projets maraîchers urbains n’a de cesse d’influencer un grande nombre de jardiniers amateurs qui décident de franchir le pas et de prendre la pelle pour planter en ville.

New-York est très en avance sur l'agriculture urbaine et influence beaucoup l'Europe et le Quebec.

New-York est très en avance sur l’agriculture urbaine et influence beaucoup l’Europe et le Quebec. Source photo :  NY City Woman

Pourtant, le marché du jardin (producteurs de plantes, distributeurs et fabricants de produits, paysgaistes…), dont je fais partie, semble rester passif face à cet engouement national et international. Depuis quelques années, l’ambiance y est particulièrement morose et les acteurs peinent à se renouveler et trouver de nouveaux marchés. Faire évoluer un marché est sans doute complexe et nécessite une synergie forte, mais si les consommateurs plébiscitent ce changement, a-t-on réellement le choix ? Peut-être aussi a-t-on peur d’aller vers un système commercial peu créateur de valeur ?

Toujours est-il que si les acteurs du marché du jardin délaissent l’agriculture urbaine où ne la considèrent que comme une mode ou une tendance éphémère, le risque est de perdre pour de bons ses clients qui sauront s’organiser autrement.

Il est vrai que l’agriculture urbaine amateure est née dans les jardins familiaux et ouvriers d’antan. Des jardins associatifs de production alimentaire dédiés à l’autoconsommation, où la débrouille, l’échange de graines et la transformation des déchets sur place. Ces pratiques permettent une production vertueuse avec peu d’achats dans les circuits de distributions spécialisés.

Pourtant, en regardant du côté de l’urbanisme, les nouveaux logements urbains intègrent de plus en plus la dimension alimentaire et proposent des équipements originaux pour accompagner les résidents demandeurs.

Ci-dessous, l’illustration d’un projet proposé par l’agence « Bruno Rollet ».

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Quels bouleversements cela impliquent dans la pratique du jardinage ?

L’engouement pour le jardin potager est assez symptomatique de la crise écologique, éthique et économique que traverse l’occident et le monde plus généralement. La mise en œuvre pratique (retour à la terre, découverte de la nature, …) semble être l’une des étapes clés d’un processus de prise de conscience de l’impact de nos modes d’alimentations et de consommations. l’auto-production d’aliments sains et la compréhension du mode de production des fruits et légumes et la transmission à l’enfant pour les jeunes parents sont également de nouvelles motivations qui incitent à franchir le pas.  Dans ce contexte, on comprend l’essor du jardin naturel et des pratiques écologiques qui en découlent.

Par exemple, il est intéressant de noter l’engouement actuel envers la permaculture et plus généralement les techniques alternatives de jardinage. Le terme de recherche  » Permaculture » sur Google connait une croissance très rapide. Les blogs et vidéos traitant du sujet affichent des taux de diffusions records pour le secteur « Jardin ».

Auprès des adeptes de la permaculture, une forte méfiance se développe à l’égard des industriels du monde agroalimentaire et donc du monde du jardin (semenciers, fabricant produit phytosanitaires, …). Cependant, le marché est vaste et diversifié. Il a tout à fait la capacité de se transformer en une filière vertueuse et respectueuse de l’environnement. Ci-dessous : Le concept de permaculture appliqué chez un particulier.      .

Botanic, une enseigne en avance sur son temps ?

L’exemple de Botanic est significatif. En 2008, l’enseigne prend le virage du 100% naturel. La profession s’interrogeait alors sur la sincérité de la démarche. Comme si, elle doutait elle-même de la possibilité d’avoir une démarche vertueuse et naturelle complète au jardin, un comble pour des producteurs de nature. Aujourd’hui, Botanic est l’une des plus belles enseignes du jardin. Elle est présente sur une bonne partie de la France dans différents types de territoires et n’est pas destinée uniquement à une cible d’initiés. Avec l’évolution des mentalités et du cadre législatif (interdiction des produits chimiques au jardin en 2022 par exemple), il faut reconnaître que Botanic a certainement 15 ans d’avance sur ses concurrents.            

L'enseigne Botanic s'engage depuis 2008 dans le jardin 100% naturel.

L’enseigne Botanic s’engage depuis 2008 dans le jardin 100% naturel.

 

Vers une montée en compétence et un renouvellement de l’offre produit ? 

Une transition écologique globale de la filière jardin est-elle envisageable ? Une éthique et des valeurs en phase avec les envies de ces nouveaux jardiniers peuvent-elle se mettre en place et à quel horizon ? Autant de questions qui doivent être mises sur la table et discutées par tous les acteurs de la profession. Les professionnels du jardin, du paysage et du végétal peuvent également accompagner les amateurs dans leur montée en compétences vers les bonnes pratiques au jardin. Les gammes de produits et les points de ventes en ville pourront être adaptés au développement d’une agriculture urbaine éthique, écologique et diversifiée. Pourrons-nous cesser un jour de penser les produits pour les urbains comme des produits jardins « gadgets » ? Arrivera-t-on à voir que d’autres formes de jardinages naissent en ville et qu’il faudrait nous y adapter ? 

Nature Vivante : Un style de jardin est né de l’agriculture urbaine

Certains signes témoignent de l’engouement des urbains pour la culture potagère et l’on voit émerger la naissance d’un nouveau style dans les jardins particuliers, les balcons et les terrasses. Une sorte de mixage entre le jardin d’ornement et le jardin productif. Ci-dessous un tableau Pinterest qui présente ce style :         Abonnez-vous au tableau NATURE VIVANTE de Le coin jardin sur Pinterest.

 

Pour l’instant, les récoltes y sont anecdotiques mais diversifiées. Sans franchement l’anticiper, le marché du jardin a bénéficié de cette engouement et a vu les ventes sur le segment « Potager » progresser fortement depuis 5 ans.

La naissance d’un jardin entre potager et ornement intégrant les contraintes de la culture en ville incite à revoir entièrement l’approche en terme de proposition de produits et d’aménagement. La culture hors-sol est répandu en ville en raison de la difficulté à évaluer la toxicité des sols et de l’abondance de surfaces couvertes inexploitées. Cela implique par exemple l’acquisition d’un grand nombre de contenants avec des critères non pas basés sur l’esthétisme mais le coût d’acquisition, la facilité de transport et la qualité d’accueil des cultures. De manière générale, les jardiniers urbains amateurs s’orienteront vers des produits semi-pro (type smartpot) de préférence fabriqués en France avec un impact écologique moindre et de bons rendements.

De même, les spécialistes de la distribution du jardin devront être à même de proposer les outils, matériaux et accessoires pour favoriser le DIY (Do It Yourself), pour que ces nouveaux jardiniers puissent réaliser leurs idées par leurs propres moyens, chose qu’ont compris depuis bien longtemps les spécialistes du bricolage qui migre aujourd’hui vers l’activité jardin.

Ci-dessous : Tableau Pinterest dédié au jardin DIY
Abonnez-vous au tableau DIY JARDIN de Le coin jardin sur Pinterest.

 

Les familles de produits concernées par l’agriculture urbaine amateur : 

Sans créer une liste exhaustive, on peut citer quelques familles commerciales concernées par l’agriculture urbaine :

-Familles végétales : L’agriculture urbaine favorise le développement d’espèces alimentaires, locales et produites de manières éthique et naturelle. Il faut revenir à des espèces locales et anciennes favorisant le goût, développées pour la culture non industrielle. Les espèces favorisants la biodiversité animale et la pollinisation ont également un rôle à jouer.

– Produits Phytosanitaires : Encore appelés abusivement « Soins des plantes » ou « Pharmacie », le rayon des pesticides et engrais chimiques n’aura bientôt, grâce à la législation (loi labbé) plus sa place en jardinerie. Cette famille devra réellement s’adapter aux pratiques du jardinage écologique si elle veut survivre.

-L’outillage : Certainement l’un des aspects visibles de la montée en compétences des urbains est l’acquisition de petit outillage adapté à la vie en ville. Faire soit-même son jardin en ville de A à Z  implique l’acquisition d’outils adaptés, de qualité et de fabrication française de préférence.

– Compostage : Les silos à compost, broyeurs, lombri-composteurs, …

– Basse-cours : Les jardineries ont bien compris l’intérêt que les urbains portaient aux produits et animaux de basse-cour. C’est l’un des secteurs en hausse du marché du jardin.

Je pourrais encore citer l’offre des contenants, matériel de reproduction et d’éclairage qui devra également proposer une gamme de produits adaptés et en phase avec les valeurs éthiques de l’agriculture urbaine.

Le potager en ville, dans sa forme esthétique impose un équipement important permettant une culture diversifiée

Le potager en ville, dans sa forme esthétique impose un équipement important permettant une culture diversifiée

Vers une mutation complète du marché du jardin ? 

Que l’on en perçoive les contours ou non, qu’on la considère comme une mode ou un marché de niche, il est probable que l’agriculture urbaine n’en soit qu’à ses balbutiements en France. Partout des acteurs s’organisent et regroupent des populations et couches sociales diverses. Que ce soit pour l’aspect écologique, économique ou gustatif, il semblerait que le visage des jardins des français soit en plein bouleversement.

Le marché du jardin qui a connu une expansion grâce au jardin d’ornement dans les années 70 et 80 pourrait prendre une nouvelle dynamique grâce à l’agriculture urbaine.

Pour autant, on ne peut pas prévoir l’avenir et il serait présomptueux d’affirmer avec certitude de quoi sera fait demain. L’agriculture urbaine n’est qu’une voie pour réinventer le jardin de demain mais elle peut être un symptôme  ou une solution aux grandes interrogations de notre société.

Passer du jardin esthétique et superflue au jardin utile, alimentaire et écologique sera peut-être perçu dans 15 ans comme une évidence. En tous cas, je fais partie de ceux qui le pensent et j’espère sincèrement qu’un jour le marché du jardin sera ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être, c’est à dire un vecteur principal du développement de la biodiversité et de la nature.

Guillaume VERDEGAY, Jardinier urbain.

 

 

 

 

2 réponses
  1. Design nature
    Design nature dit :

    Ce type de culture est vraiment à encourager. On a tout à gagner à la faire : c’est beau, c’est bon, c’est sein ! S’occuper d’un jardin pour les citadins, ce n’était tellement pas envisageable il y a encore peu de temps ! génial !

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