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Comment les pesticides ont tué votre jardin

Vous avez certainement entendu parlé des problèmes de désertifications des sols en agriculture et viticulture ? L’utilisation de produits chimiques a un impact considérable sur les milieux naturels.

Qu’en est-il de nos jardins personnels ? Les particuliers sont souvent accusés d’utiliser les produits en surdoses, quel est l’impact réel des produits chimiques sur le sol ?

Les produits chimiques au jardin créent-ils les maladies ?

 

La plupart des désherbants, anti-fongiques et produits « phytosanitaires » ont un impact direct sur la microbiologie du sol. En vérité, les produits tuent toute la vie du sol, ils tuent le sol. Une fois inerte, il génère des carences et devient incapable de fournir aux plantes les moyens de se défendre contre les attaques de champignons et maladies. Toute la vie microbienne et cryptogamique contenue dans la couche arable est impactée par l’utilisation des produits. Donc, en plus des vers de terres et insectes vivant dans le sol, la science nous informe que les produits chimiques utilisés dans les jardins détruisent également sa vie microbiologique. Les nouveaux modèles de microscopes nous permettent d’étudier les bactéries directement sur le sol et les scientifiques parviennent à comprendre enfin le rôle joué par celles-ci (Sciences & vie N° 1161 – Juin 2014).

Une graine poussant dans un récipiant transparant met en évidence la présence de mycelium. (David READ)

Une graine poussant dans un récipiant transparant met en évidence la présence de mycelium. (David READ)

Le résultat est absolument renversant. Il apparaît clairement que le rôle joué par les bactéries et les champignons est central et essentiel à la vie de tous les écosystèmes. Ils sont présents absolument partout sous forme de symbiose et de parasitisme sur toutes les plantes et animaux. En surface, sur les premières couches de terre et sous l’eau, « ils représentent plus de 50% de la biomasse mondiale » estime Brajesh Singh, professeur en écologie microbienne à l’université occidentale de Sydney.

Pour faire une visualisation, ajoutez tous les végétaux et animaux du globe terrestre, des baleines aux baobabs en passant par les humains. Vous obtiendrez alors une masse inférieure à ceux des microbes.

Ces découvertes récentes nous informent davantage sur le rôle joué par ces bactéries dont 95% restent encore à découvrir et à comprendre. Ce qui surprend particulièrement les scientifiques, c’est la richesse et la diversité de la vie microbienne du sol et son impact direct sur le macromonde (notre échelle…). « Dans un gramme de terre, il y aurait entre plusieurs dizaines de milliers et plusieurs millions d’espèces de bactéries », selon Brajesh Signh. « La plus grande diversité de la planète se trouve dans le sol », résume Garreth Griffith, professeur en mycologie à l’université d’Oslo (Norvège).

Microbes du sol - MMG_diagnostic

Microbes du sol – MMG_diagnostic

La compréhension du fonctionnement biologique des microbes par l’étude de leurs gênes, nous révèle le rôle qu’ils jouent dans l’environnement.

« On a récemment découvert chez des bactéries une activité métabolique jusqu’alors parfaitement inconnue qui permet de recycler l’azote en l’absence d’oxygène », révèle Marc-André Sélosse.

Ci-dessous une interview de Claude et Lydia BOURGUIGNON qui présentent la problématique de fatigue des sols dans l’agriculture. A ce sujet, je vous invite à lire l’article de rue 89 concernant ce couple, certes atypique mais qui à la qualité d’être reconnu au sein de la communauté scientifique des micro-biologistes des sols. (voir article sciences & vie N°1161 – Juin 2014- Art.

Le paysagiste, Le pharmacien du jardin.

 

S’il y a un bien un chapitre que j’ai détesté lors de mes études de Paysage c’est l’apprentissage des produits « Phytosanitaires », autrement appelés « pesticides, engrais, antifongiques, etc… ».

 

Lors de ces cours, nous apprenions que les plantes sont très sujettes à diverses maladies, champignons, insectes ravageurs. Bien incapables de se nourrir et de soigner seules, l’homme a le devoir de prendre en charge la survie des plantes dans son jardin.

 

L’apprentissage commence par le repérage des symptômes, l’identification des maladies et des ravageurs. Cette partie est intéressante car elle nous apprend à reconnaître beaucoup d’insectes et permet de comprendre le fonctionnement des maladies.

Cependant, la liste est longue, très longue. Un grand mal atteint nos plantes de jardin, elle sont malades.

Index-phytosanitaire

Index-phytosanitaire

 

Les plantes locales ne sont pas digne d’un paysagiste

 

La question qui me venait à l’esprit, était alors, pourquoi dans la nature, les plantes parviennent-elles à se développer en évitant la plupart des maladies?

Il se trouve que la majorité des plantes que nous installons dans les jardins n’est pas adaptée à tous les sols et tous les climats. J’ai alors demandé pourquoi il ne serait pas plus judicieux d’utiliser des plantes locales qui existent dans nos espaces ruraux. Celles-ci étant naturellement intégrées aux paysages environnants, j’ai pensé qu’elles seraient immunisés contre les maladies et carences de nos jardins.

La réaction dans la classe fut agitée et mon idée, rejetée en bloc.

prairie

Prairie

Pour la plupart des élèves, ces plantes-là ne sont pas dignes d’un paysagiste et ne permettent pas de faire de la « création paysagère ». Je préparais à l’époque un bac professionnel travaux paysager et j’étais le seul de ma promotion à avoir passé mes deux premières années dans un autre lycée. Ma conception du jardin était différente de celle de mes camarades. Mes deux années précédentes m’avaient permis d’acquérir des connaissances sur les fleurs et les arbustes sauvages.

En arrivant en filière Travaux Paysager, il me semblait évident que les espèces locales d’arbustes et de vivaces avaient leurs rôles à jouer au sein des jardins de particuliers. Certains professeurs m’ont encouragé dans cette direction, mes camarades, moins, déjà bien formatés à la vision aseptisée d’un jardin qui est enseignée depuis des années dans les écoles d’horticulture et de paysage.

Pourquoi utilisent-on les produits de traitements ?

Un grand nombre de plantes issues de la production horticole et de pépinières ne serait donc pas véritablement adapté à nos jardins.

A l’évidence, un nombre important de critères semblent intervenir dans le développement maladif de nos jardins, l’élimination de la flore spontanée, des insectes, champignons et microbes en font partit. La méconnaissance des fonctionnements du sols nous poussent à le stériliser afin de « travailler » sur une base neutre et vierge. C’est précisément ce terrain qui est propice aux développement de maladies et nous entraîne dans ce cercle vicieux de traitements sur traitements.

Les produits phytosanitaires sont capables de répondre à la très grande majorité des attaques et nous savions que les connaître sur le bout des doigts est un véritable « Plus » au sein d’une entreprise. En réalité, à la fin de la formation, la plupart de mes camarades et moi-même étions bien en difficulté lorsqu’il s’agissait de faire les dosages de produits. De plus, nombreux sont ceux qui n’utilisaient pas l’équipement adapté pour la pulvérisation lors de leurs stages en entreprises.

 

Se passer de produits chimiques pour un jardin équilibré.

 

Ceux qui sont passés à un mode de gestion plus écologique savent à quel point la nature de leur sol change : plus meuble, riche et vivant. L’utilisation de paillis permet d’obtenir une couverture efficace du sol et de le protéger des rayons du soleil, mortel pour un grand nombre de bactéries. La non utilisation stricte de produits chimiques transforme littéralement l’aspect et la vie de leur jardin. Cependant, à notre époque où tout est de plus en plus rapide, il est parfois difficile d’attendre quelques années que le sol se régénère et retrouve ses capacités physico-chimiques.

 

BHG GARDEN

BHG GARDEN

A l’échelle des particuliers, il est aujourd’hui possible de se passer de produits chimiques dans le développement et l’entretien de son jardin. Il faut pour cela, entre autres, accepter de changer de regard sur la flore non désirée et pratiquer un jardinage par soustraction. Si on se réfère aux concepts développés par le jardinier « Gilles Clément », cette approche consiste non pas à éliminer la flore « non désirée », mais à supprimer uniquement les espèces pouvant gêner le développement de plantes intéressantes (horticoles, spontanées fleurie, etc…).

 

Le métier de paysagiste à réinventer ?

 

A l’échelle du professionnel du paysage, il existe des initiatives de paysagistes inspirées par des précurseurs comme Gilles Clément ou Camille Muller. Chacun applique, recherche et teste de nouvelles méthodes et tentent d’inventer le métier de paysagiste de demain. Je pense qu’il est du devoir du paysagiste, du producteur de végétaux et du distributeur du monde du jardin de réfléchir et d’inventer une nouvelle façon d’envisager le jardin.

 

Gilles Clément, carte blanche Saint-nazaire

Gilles Clément, carte blanche Saint-nazaire

Avec le web , les jardiniers ont la possibilité de s’exprimer, de partager des informations et des conseils. Ils deviennent chaque jour plus expérimentés et informés sur les pratiques écologiques. Les professionnels du monde du jardin ne peuvent plus se contenter de suivre le mouvement uniquement pour « rassurer » la clientèle des jardiniers, ils se doivent de proposer des solutions novatrices.

Une approche décomplexée du jardin et de la pédagogie aidera notre société à basculer vers une vision du jardin naturelle, riche en biodiversité et ouverte sur la nature.

pesticides botanicA ce sujet, le programme de Botanic, « Pulverisons les pesticides » reprendra les week-end du 26 et 27 septembre et du 3 et 4 Octobre prochains. L’opération a pour but de récupérer de diminuer l’utilisation des produits par les particuliers tout en permettant de traiter écologiquement les anciens produits. Chaque année entre 50 000 et 70 000 tonnes de déchets spécifiques ménagers (dont les pesticides) sont jetés. Malheureusement, seulement 20 000 tonnes sont traité par les déchetteries. Le reste est oublié dans les garages, jetés dans l’évier ou les toilettes.

Découvrez le programme de Botanic sur la reprise des pesticides sur leur site web, un bon d’achat de 5 € est offert aux jardinier souhaitants découvrir les solutions de jardinage naturel.

4 réponses
  1. Guillaume.v
    Guillaume.v dit :

    Oui je l’espère, j’ai le sentiment que chez les particuliers le message commence à passer, mais chez les paysagistes il y a encore du boulot, ça bouleverse pas mal de choses.

  2. Bureau
    Bureau dit :

    Je suis d’accord avec toi, les entrepreneurs du paysage se cachent souvent derrière l’argument de la demande du client lambda qui appréhende le jardin comme un décor où tout doit être parfait.

  3. Guillaume.v
    Guillaume.v dit :

    Oui, après je n’accuse personne et je ne dit pas que les paysagistes n’ont pas leurs raisons. Cela ne peut passer que par des prises de conscience individuelles.

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